Celui qui dénombrait les hommes - China Miéville

Pour discuter de vos lectures

Celui qui dénombrait les hommes - China Miéville

Message par Le chien critique » 01 Mars 2018, 10:24

Image

China Miéville, Fleuve éditions, 2017, 192p., 13€ epub avec DRM

Mon moi d’avant est surtout une énigme


Qu'attendez vous d'un livre une fois fini ?
Qu'il clôt toutes les pistes et donne toutes les clés ?
Ou qu'il laisse votre imagination combler les trous ?
Selon votre réponse, vous êtes devant un bouquin raté, ou brillant.

Présentation de l'éditeur :
Comme suspendue dans les airs, la ville est à cheval entre deux montagnes, coupée par un gouffre, réunie par un pont. Un pont dont les orphelins livrés à eux-mêmes ont fait leur royaume.
Plus haut dans la montagne, à l’écart de l’agitation de la cité peuplée de marchands, de marginaux et de magiciens, vit le faiseur de clés, avec sa femme et leur enfant. Un jour, son fils déboule dans les rues, comme s’il avait le diable à ses trousses. Son père a tué sa mère, et l’a jetée dans un trou si profond que l’on n’en voit pas le fond, affirme-t-il.
Mais faute de preuve, on préfère ne pas le croire. Alors c’est auprès des enfants du pont que le petit garçon va se réfugier. Jusqu’à ce que son père le retrouve.
Heureusement, bientôt, arrive en ville un recenseur, celui qui dénombrait les hommes…

Mon ressenti :
Sur un mont, un jeune garçon dévale un chemin de terre en hurlant. Cet enfant, c’est moi. Il étire les bras le plus possible, à croire qu’il a trempé ses mains dans de la peinture et qu’il veut les plaquer sur du papier pour faire un dessin, seulement ses paumes ne montrent que de la terre. On n’y voit pas de sang.
Il a neuf ans, je crois, et il n’a jamais couru aussi vite. Il trébuche, il se précipite. À plusieurs reprises, il donne l’impression de devoir chuter dans la rocaille et les ajoncs qui entourent le sentier, mais je garde mon équilibre et j’atteins l’ombre de la montagne. Le temps semble à l’humidité bien qu’il n’ait pas plu. Je projette dans mon sillage un nuage de poussière froide et des bestioles qui détalent devant moi.

Après lecture de ces premiers paragraphes, soit Nathalie Mège, la traductrice, s'en est pris une bonne, soit c'est une excellente traductrice !

Celui qui dénombrait les hommes, c'est l'histoire d'un adulte qui raconte un événement de son enfance. Ou plutôt un enfant qui conte ce qu'il a compris de l'événement. Ou l'histoire d'un traumatisme enfantin, avec ses floues une fois narrée par l'adulte qu'il est devenu.
Celui qui dénombrait les hommes est tout ceci à la fois : le garçon est je, il mais aussi l'autre. Ses parents sont ils mais aussi je.
Si vous ne comprenez pas, c'est normal. Même une fois le livre fermé, milles interprétations restent possible, toutes les clés de compréhension sont possibles. D'ailleurs, le père du garçon fabrique des clés. Des clés étranges, faites de métal, mais dont l’élément essentiel est autre. Sa mère s’occupe du potager dont elle revend le fruit à la ville lors de longues et mystérieuses déambulations. Difficile toutefois de parler de Mère et de Père tant le lien qui les unis semble distendu, inexistant mais ne ressemble à aucun lien filial.

Un monde esquissé à grands traits, est ce de l'anticipation, une contrée imaginaire, l'histoire future de quelques romans de Miéville ? Des liens ressortent avec Légationville et The City and the City de par la situation géographique : une ville divisée par un pont qui s'étale sur les versants de deux collines. Mais cela pourrait être aussi le futur d'une ville de Bas Lag de par certaines allusions glissées dans le texte.
Malgré le peu d'éléments que nous donne l'auteur, j'ai trouvé les non-dits plus riches dans la création de l'univers que bien d'autres livres descriptifs. La poésie est toujours présente, comme avec les pécheurs de chauve souris. Sans oublier ce titre magnifique, ouvrant la porte à de nombreuses interprétations.

Mais revenons à notre histoire, ce qui est sûr, c'est qu'un garçon dégringole la montagne pour hurler que sa mère a été tué son père. Enfin, pas tout à fait car quelques instants plus tard, il dira que c'est sa mère qui a tué son père. A moins que ce ne soit juste une personne qui en a tué une autre ?
Reste donc l'histoire de cet homme qui dénombrait les hommes, un conte, un récit de vie, un rapport cryptique.

J'ai hésité longuement avant de me plonger dans cette novella : des retours ambiguës, un prix élevé au vue du nombre des pages. Mais cela reste un Miéville, et je finis toujours par me le procurer. Alors 13 euros l'epub, c'est cher, très cher, mais assez peu au final quand le livre contient aussi les 500 pages que vous imaginerez pour écrire l'histoire de l'histoire. Miéville ne nous avait pas habitué à publier des livres courts, ne vous fiez pas aux apparences, celui ci est un pavé caché.
Il existait les livres dont vous êtes le héros, China Miéville invente le livre dont vous faites l'histoire.

Le même avis sur mon blog

Le livre contient quelques illustrations qui donnent à mon avis la clé de lecture du livre : elles ressemblent à de vieilles photos floues, pleines de griffures du temps qui a passé. Illustrations qui n'ont pas été créditées dans la version numérique.


Image
Avatar de l’utilisateur
Le chien critique
Neuromancien
 
Message(s) : 200
Inscription : 13 Novembre 2017, 17:12

Retour vers Littérature

Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Google [Bot] et 13 invité(s)

cron